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Débattre
et dialoguer
Le langage du père,
sous toutes ses formes Le père aime son enfant à sa façon, lui parle à sa façon. Son langage est fait autant de gestes verbaux que de paroles non verbales. L'imagination et le jeu, quand il a le temps, sont toujours au centre de sa relation avec l'enfant, car son but est de permettre à l'enfant de devenir un adulte et non de rester un enfant. Etre adulte, c'est pouvoir se débrouiller, c'est pouvoir inventer, c'est pouvoir s'adapter, c 'est refuser d'être une victime tout en dénonçant les injustices. L'histoire nous apprend aussi la spécificité de la place du père dans l'éducation des enfants, sa spécificité dans la création de structures sociétales épanouissantes pour les futurs citoyens que sont les enfants. L'homme a toujours été porté par l'avenir, par l'accouchement immatériel de ses projets, provoqué par son impossibilité d'enfanter. Très longtemps l'homme ne savait pas que son sperme était à l'origine de la vie. L'enfant à naître était considéré comme le fruit de la magie, du vent, de la mer … Cette situation (de non savoir) se modifia sous l'effet d'une prise de conscience fondamentale dans l'histoire de l'humanité, des mœurs et de la civilisation, celle par laquelle l'homme vivant avec sa femme découvrit que l'enfant qu'elle a mis au monde lui ressemble, qu'ils existe donc un continuité d'identité entre lui et cet enfant sorti d'un autre corps que le sien. " Cette prise de conscience va, peu à peu, conduire à instaurer une transmission patrilinéaire attribuant à l'enfant le nom de son père. Or, les sociétés matrilinéaires semblent ne pas avoir éprouvé le besoin d'inventer d'écriture. " " Ni les Touaregs du Sahara, ni les Locriens, voisins des Athéniens, ni les Lyciens, dont Hérodote dit qu'ils portent le nom de leur mère, ni les Germains, dont Tacite explique qu'ils viennent juste de remplacer leur filiation maternelle par une filiation paternelle, nie les Pictes d'Ecosse où les fils ne succèdent pas aux pères, ni les Etrusques, qui empruntèrent l'alphabet grec, n'ont inventé de système d'écriture qui leur soit propre. Les sociétés matrilinéaires n'ont, de ce fait, produit aucune grande civilisation " " La psychanalyse nous apprend que l'intelligence, la vivacité et la santé mentale d'un enfant dépendent en premier lieu de sa capacité à s'identifier à quelqu'un d'autre que sa mère, et donc de son droit à référer son existence à une autre personne qu'à elle. L'essor intellectuel de la civilisation grecque est, par là même, directement lié au fait que les enfants n'y étaient, socialement et juridiquement, référés qu'à leur père. " " L'homme ne peut porter l'enfant dans son ventre, il n'a que la tête où l'attendre. Il est donc théoriquement mieux placé que la femme pour le concevoir comme le produit d'échanges et de transmissions mentales " "Aujourd'hui, beaucoup d'hommes assument la présence de l'enfant, travaillent pour lui, le nourrissent, mais n'ayant pas la moindre idée du rôle qu'ils ont à jouer dans sa construction psychique et spirituelle, ils ignorent qu'être père c'est être garant de sa santé mentale ". Un père reconnaît son bébé, il le reconnaît à son image de futur adulte, il lui reconnaît le droit d'appartenir à la même société que lui, il l'intègre en quelque sorte, tout en lui laissant son indépendance, car, à l'exception des pères gravement perturbés, il sait que son enfant ne lui appartient pas parce qu'il ne l'a pas porté. Etre père, ce n'est pas faire des enfants ! C'est faire des hommes et des femmes ! Des adultes ! Etre mère, c'est d'abord faire des bébés et des enfants ; et dans un deuxième temps, en faire des adultes, si elle ne s'égare pas, en route, dans une approche fusionnelle avec ses enfants ! La conception d'un enfant est donc double : à polarité mentale ou corporelle, à polarité immatérielle ou matérielle. " Etre parents implique autant la reproduction du corps que la reproduction de ses structures psychiques, la transmission et la pérennité de sa langue, de sa culture et de ses traditions. " Le langage, sous toutes ses formes, est le placenta de l'esprit . Le père, lorsqu'il a du temps, exerce sur l'enfant une pression langagière, verbale et non verbale, théorique et pratique, sérieuse et ludique, physique et psychique. Quand un père se bat avec son fils, il lui parle, quand il joue avec lui, idem, quand il place des limites, idem. L'homme ne se limite pas à la langue verbale(n'en déplaise aux lacaniens et autres psychanalystes), il utilise tout ce qui est à sa portée pour apporter à l'enfant une connaissance du monde adulte. Si l'enfant ne peut aimer que sa mère, il se retrouve obligatoirement en danger d'involution . Sa construction affective implique de pouvoir aimer deux personnes , un père et une mère, avec lesquels il établit deux formes d'amour, deux formes de langage, deux formes de connaissance, assez différentes l'une de l'autre, mais tout aussi vitales. " La construction de notre système de représentations part ainsi des sensation pour aboutir aux mots. Ce qui signifie que l'activité mentale des êtres humains s'enracine tout d'abord dans l'activité musculaire et les sensations avant de s'associer aux images pour, dans un second temps, s'épanouir dans les mots. Cela veut dire que, bien que nous n'en soyons la plupart du temps pas conscients, la pensée s'investit en premier lieu dans les muscles. " C'est pour cette raison que l'homme joue et se bat avec ses enfants autant qu'il lui parle. T.R.
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