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Le langage du père,
sous toutes ses formes
Réflexions inspirées de deux livres :
Didier Dumas : " Sans père et sans parole. La place
du père dans l'équilibre de l'enfant " Hachette littérature 1999
Evelyne Sullerot : " Quels pères ? Quels fils ? " Fayard 1992
Le père aime son enfant à sa façon,
lui parle à sa façon. Son langage est fait autant de gestes verbaux
que de paroles non verbales. L'imagination et le jeu, quand il a le
temps, sont toujours au centre de sa relation avec l'enfant, car son
but est de permettre à l'enfant de devenir un adulte et non de rester
un enfant.
Etre adulte, c'est pouvoir se débrouiller, c'est pouvoir
inventer, c'est pouvoir s'adapter, c 'est refuser d'être une victime
tout en dénonçant les injustices. L'histoire nous apprend aussi la
spécificité de la place du père dans l'éducation des enfants, sa spécificité
dans la création de structures sociétales épanouissantes pour les
futurs citoyens que sont les enfants.
L'homme a toujours été porté par l'avenir, par l'accouchement
immatériel de ses projets, provoqué par son impossibilité d'enfanter.
Très longtemps l'homme ne savait pas que son sperme était à l'origine
de la vie. L'enfant à naître était considéré comme le fruit de la
magie, du vent, de la mer …
Cette situation (de non savoir) se modifia sous l'effet
d'une prise de conscience fondamentale dans l'histoire de l'humanité,
des mœurs et de la civilisation, celle par laquelle l'homme vivant
avec sa femme découvrit que l'enfant qu'elle a mis au monde lui ressemble,
qu'ils existe donc un continuité d'identité entre lui et cet enfant
sorti d'un autre corps que le sien.
" Cette prise de conscience va, peu à peu, conduire
à instaurer une transmission patrilinéaire attribuant à l'enfant le
nom de son père. Or, les sociétés matrilinéaires semblent ne pas avoir
éprouvé le besoin d'inventer d'écriture. "
" Ni les Touaregs du Sahara, ni les Locriens, voisins
des Athéniens, ni les Lyciens, dont Hérodote dit qu'ils portent le
nom de leur mère, ni les Germains, dont Tacite explique qu'ils viennent
juste de remplacer leur filiation maternelle par une filiation paternelle,
nie les Pictes d'Ecosse où les fils ne succèdent pas aux pères, ni
les Etrusques, qui empruntèrent l'alphabet grec, n'ont inventé de
système d'écriture qui leur soit propre. Les sociétés matrilinéaires
n'ont, de ce fait, produit aucune grande civilisation "
" La psychanalyse nous apprend que l'intelligence,
la vivacité et la santé mentale d'un enfant dépendent en premier lieu
de sa capacité à s'identifier à quelqu'un d'autre que sa mère, et
donc de son droit à référer son existence à une autre personne qu'à
elle. L'essor intellectuel de la civilisation grecque est, par là
même, directement lié au fait que les enfants n'y étaient, socialement
et juridiquement, référés qu'à leur père. "
" L'homme ne peut porter l'enfant dans son ventre,
il n'a que la tête où l'attendre. Il est donc théoriquement mieux
placé que la femme pour le concevoir comme le produit d'échanges et
de transmissions mentales "
"Aujourd'hui, beaucoup d'hommes assument la présence
de l'enfant, travaillent pour lui, le nourrissent, mais n'ayant pas
la moindre idée du rôle qu'ils ont à jouer dans sa construction psychique
et spirituelle, ils ignorent qu'être père c'est être garant de sa
santé mentale ".
Un père reconnaît son bébé, il le reconnaît à son image
de futur adulte, il lui reconnaît le droit d'appartenir à la même
société que lui, il l'intègre en quelque sorte, tout en lui laissant
son indépendance, car, à l'exception des pères gravement perturbés,
il sait que son enfant ne lui appartient pas parce qu'il ne l'a pas
porté.
Etre père, ce n'est pas faire des enfants ! C'est faire
des hommes et des femmes ! Des adultes ! Etre mère, c'est d'abord
faire des bébés et des enfants ; et dans un deuxième temps, en faire
des adultes, si elle ne s'égare pas, en route, dans une approche fusionnelle
avec ses enfants !
La conception d'un enfant est donc double : à polarité
mentale ou corporelle, à polarité immatérielle ou matérielle. "
Etre parents implique autant la reproduction du corps que la reproduction
de ses structures psychiques, la transmission et la pérennité de sa
langue, de sa culture et de ses traditions. "
Le langage, sous toutes ses formes, est le placenta
de l'esprit . Le père, lorsqu'il a du temps, exerce sur l'enfant une
pression langagière, verbale et non verbale, théorique et pratique,
sérieuse et ludique, physique et psychique.
Quand un père se bat avec son fils, il lui parle, quand
il joue avec lui, idem, quand il place des limites, idem. L'homme
ne se limite pas à la langue verbale(n'en déplaise aux lacaniens et
autres psychanalystes), il utilise tout ce qui est à sa portée pour
apporter à l'enfant une connaissance du monde adulte.
Si l'enfant ne peut aimer que sa mère, il se retrouve
obligatoirement en danger d'involution . Sa construction affective
implique de pouvoir aimer deux personnes , un père et une mère, avec
lesquels il établit deux formes d'amour, deux formes de langage, deux
formes de connaissance, assez différentes l'une de l'autre, mais tout
aussi vitales.
" La construction de notre système de représentations
part ainsi des sensation pour aboutir aux mots. Ce qui signifie que
l'activité mentale des êtres humains s'enracine tout d'abord dans
l'activité musculaire et les sensations avant de s'associer aux images
pour, dans un second temps, s'épanouir dans les mots. Cela veut dire
que, bien que nous n'en soyons la plupart du temps pas conscients,
la pensée s'investit en premier lieu dans les muscles. " C'est
pour cette raison que l'homme joue et se bat avec ses enfants autant
qu'il lui parle.
T.R.
{tableau 1} |