Les " non-intérêts
" spécifiques de l'enfant
Qui s'essaie à définir l'intérêt
supérieur de l'enfant, notion très subjective qui est néanmoins
servie à volonté par de nombreuses juridictions, sera vite confronté
à l'insaisissabilité du concept. Car, dans les différentes littératures
juridiques, scientifiques, sociologiques, ce qui frappe le lecteur
attentif, c'est la grande dépendance des diverses définitions à
l'appartenance de l'auteur à tel ou tel système de valeurs. L'approche
objectivo-scientifique reste souvent désespérément absente.
Pourtant, nombre d'expériences, de statistiques, d'analyses
d'observateurs privilégiés de la famille, lorsqu'ils mettent leurs
croyances au vestiaire, permettent de trier parmi les attitudes
pédagogiques. Et les conclusions qu'on peut en tirer sont assez
éclairantes. En général, seules les comparaisons sont opérantes.
Telle attitude pédagogique provoque statistiquement plus de dégats
chez les enfants qu'une autre, cette dernière n'étant pas par ailleurs
la panacée universelle.
Ainsi, il est plus facile de distinguer les mauvaises
attitudes d'autres " moyennes ", les bonnes n'existant pas, sans
doute à cause de la grande versatilité des paramètres socio-pédagogiques.
Telle famille, toutes autres " choses " étant par ailleurs similaires,
aura été confrontée à un événement traumatisant peu prévisible qui
provoquera un mal-être important chez l'enfant. Ce n'est pas ici
l'attitude pédagogique générale du ou des parents qui est à critiquer,
il s'agit davantage de détecter une incapacité spécifique de la
famille à faire face à un événement (ou à un faisceau d'évènements)
pour des raisons psycho-historiques liées à cette famille. Cela
induit qu'il est illusoire de postuler sur l'existence d'un modèle
parfait au niveau de l'éducation des enfants, et donc de croire
en l'existence d'un intérêt supérieur de l'enfant une fois pour
toutes défini.
Par contre, les études statistiques de qualité ont
démontré que certaines idéologies pédagogiques provoquaient de manière
générale beaucoup plus de traumatismes chez l'enfant que d'autres.
C'est pourquoi, CAPs Enfance préfère utiliser, par la négative,
le concept du "non-intérêts spécifiques de l'enfant ". Nous pouvons
connaître une série de situations clairement négatives pour l'enfant.
Toutes ces attitudes forment une liste de " choses " à ne pas faire
(trop fréquemment) si un ou des parents veulent assurer à leur(s)
enfant(s) un certain bien-être.
Parmi les attitudes négatives clairement identifiées,
nous trouvons les parents battants, l'inceste, la parenté fusionnelle,
la monoparentalité désirée, l'aliénation parentale, le syndrôme
de Münchausen, le syndrome de " Peter Pan ", l'inertie judiciaire,
le rapt parental (privé ou publique), la non-représentation d'enfant,
le manque d'objectivité des acteurs familiaux et judiciaires, la
" malbouffe ", l'hébergement déséquilibré des enfants après une
rupture, la démission forcée -ou par inertie institutionnelle- d'une
parent …
En conclusion, il serait plus intéressant d'accepter
de ne pas pouvoir définir le bonheur absolu pour les enfants afin
de récupérer son bon sens et son pragmatisme et pour ne pas appliquer
des attitudes nocives clairement identifiables à nos enfants. Donnons
une chance à l'enfance, cette période de la vie où les futurs citoyens
doivent avant tout apprendre à devenir des adultes en développant
une extraordinaire capacité à l'adaptation. Favoriser des situations
extrêmes et figées empêchent les enfants de recourir à leurs propres
ressources, l'essence finalement de leur bien-être.
{tableau 1}