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Entre néo-sexisme et démagogie, Aldo Naouri nous
explique " Pourquoi les pères doivent
reprendre le pouvoir aux mères "

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Intégrant la mythologie freudienne et le savoir-faire médiatique contemporain, le pédiatre Aldo Naouri, féru de psychanalyse et d'anthropologie (cela fait sérieux), a accordé une interview aux journalistes Natacha Czerwinski et Jacqueline Remy de l'hébdomadaire français "L'express " (" le Vif-l'express " en Belgique) à l'occasion de la sortie de son dernier livre " les pères et les mères " aux éditions Odile Jacob. Sous un titre choc et charmeur, L'Express tente sans-doute de rassurer les pères face au tout-à-la-mère " Chers pères, vous devez reprendre le pouvoir ", nous martèle Naouri car " Les mères sont toutes-puissantes, car il n'y a pas de contre-pouvoir aux mères et car les mères deviennent destructrices si elles vont au bout de leur pouvoir incommensurable ".

Un tel discours veut faire croire que tous les pères sont en danger, qu'ils doivent réagir. Le constat énoncé, les solutions proposées vont pourtant dans un sens contraire. Pour " reprendre le pouvoir ", il faudrait que les pères fassent confiance aux mères pour résoudre leurs problèmes. " Par dessus l'épaule maternelle, l'enfant doit voir qu'il y a un homme et que cet homme intéresse bigrement sa mère " . " L'égalité devant la loi n'efface pas le fait que ce sont les femmes qui portent les enfants des deux sexes et que ce sont les mères qui, dans la psyché du petit âge, comptent le plus ". Plus le paradoxe stratégique paraît énorme, plus il peut convaincre. Pour contrer l'ennemi, offrez lui des armes afin qu'il vous protège. Absurde !

Loin de ces dérives verbales belliqueuses baignées par un climat économique conservateur qui voudrait que les hommes se consacrent entièrement à leur entreprise-mère et délaissent aux mères les tâches domestiques et éducatives, nous (lespapas.com) pensons que les pères ne sont pas en danger dans leur être profond mais qu'ils sont globalement exclus de l'éducation de leurs enfants…et que certains (25% maximum) d'entre eux sont victimes de graves violences institutionnelles et/ou psychologiques. Que ce choix de société intéresse de nombreux mouvements féministes, et donc de nombreuses mères, et qu'il intéresse, pour d'autres raisons, des intérêts conservateurs (voire néo-libéraux) . L 'homme est chosifié comme machine économique, et l'enfant est chosifié comme exutoire d'un manque de puissance féminine.

Flatter d'un côté l'ego masculin pour le désincarner de sa famille et en même temps donner tout pouvoir aux mères pour leur faire croire à leur puissance matriarcale, voilà le fond de la pensée de Naouri.. A ce jeu de guerre froide des sexes, nous ne savons pas encore quel sexe gagnera, (d'ailleurs nous ne souhaitons qu'aucun des deux ne gagne). L'Humain est composé de femmes et d'hommes, complémentaires, riches dans leurs spécificités et épanouis dans leur volonté de rencontrer l'autre. Nous aimerions que certains médias cessent l'incitation à la haine sexuelle, cessent la démagogie et qu'ils se mettent aussi quelque peu au service des familles en les aidant à comprendre la crise qu'elles vivent, en mettant à plat les faits, en posant les bonnes questions et en proposant des pistes en phase avec les mœurs actuelles.

Pour alimenter sa croisade, Naouri se base sur des constats qui sont malheureusement bien réels : " Nos enfants vont mal " ; " Il y a un gros retard de maturation psychologique et affective " . L'enfance est en effet troublée (troubles du langage, de l'apprentissage, de la motricité fine, de l'intégration du schéma corporel, dyslexies, dysorthographies, troubles du comportement (agressivité, hyperactivité, tyrannie)…). Naouri utilise, " consciemment ou inconsciemment ", cette détresse pour orienter des politiques familiales à sens unique.

Empruntant les fantasmes et les diktats de la mythologie freudienne (logique du coït, parenté symbolique, utérus protecteur, éducation par frustration …) , feignant ne pas comprendre leurs conséquences, le pédiatre nourrit le repli sur soi des pères et des mères, des hommes et des femmes, instrumentalisant leurs comportement afin de mieux les vider de toute humanité : " Etre femme, c'est avoir envie d'aller au lit avec un mec " , être couple c'est " Baisez ", " être le meilleur père pour ses enfants, c'est se débrouille pour que, sa vie durant, la mère de ses enfants soit amoureuse de lui " ; " Les femmes ont les enfants dans la tête. Les hommes n'ont que leur pénis dans la tête. "

Enfin, afin de garantir une certaine cohérence à son messianisme parental (" Aldo Naouri en appelle aux pères, sommés de se comporter en hommes "), Naouri réinvente le père symbolique, ce non-père qui joue au père, choisi unilatéralement par la mère, sans aucune considération pour la filiation paternelle. " La mère a une relation biologique avec l'enfant qui la rend sûre, tandis que le père n'en a pas, et ne doit pas en avoir. Les pères trop pleins de certitudes sont dangereux. Le père doit rester un individu qui, dans sa relation à l'enfant, passe toujours par l'intermédiaire de la mère " Cet homme est celui désigné par la mère comme comptant pour elle ".

Le géniteur est donc d'office éliminé. Voilà le projet du pédiatre. Pour reprendre le pouvoir, éliminons le géniteur. Naouri oublie que tout homme est père potentiel et donc géniteur potentiel. Qu'éliminer ce cordon ombilical génétique donne tout pouvoir à la mère, principale cause de maltraitance de l'enfant, non parce que la mère a tout pouvoir sur un enfant mais parce qu'un parent a tout pouvoir sur un enfant. Le tout-au-père serait aussi dramatique que le tout-à-la-mère.

Aujourd'hui, les familles désirent d'abord pouvoir exister dans leurs différences, de nombreuses mères veulent s'épanouir aussi dans la sphère professionnelle, de nombreux pères veulent redécouvrir leur paternité, en quoi ces désirs sont-ils nocifs à la société. De toute manière, l'espace et le temps sont suffisamment frustrants pour l'humanité, il est inutile de rajouter des frustrations humaines soi-disant bienveillantes.

Ecouter, s'exprimer et rencontrer l'autre sont-ils des comportements tellement destructeurs. La femme, en s'intéressant à la sphère professionnelle, tente aussi de comprendre ce qui motive tellement certains hommes, l'homme, en s'intéressant à ses enfants, tente aussi de comprendre ce qui passionne tellement certaines femmes. Nous pensons qu'il est bon de faire confiance aux hommes et aux femmes, de leur permettre de s'unir physiquement et spirituellement, s'ils le désirent, de continuer à être parent quand le couple conjugal se disloque, de permettre à tous de vivre dans la dignité économique, d'encourage chaque sexe à se connaître, à trouver sa place et donc SON pouvoir mais sans volonté de monopoliser LE pouvoir.

Thierry Riechelmann