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Le mythe
nazi Dans un petit ouvrage d'à peine 70 pages, les auteurs relèvent le défi d'aborder un des thèmes les plus difficiles de notre époque : l'héritage de la pensée nazi dans nos sociétés démocratiques.
A l'opposé d'une démonisation facile du processus politique des années trente dans l'Allemagne de la république de Weimar, Philippe Lacoue-Labarthe et Jean-Luc Nancy tentent de comprendre les mécanismes moteurs de la pensée nazie afin de pouvoir mieux s'en prémunir à l'avenir. Certes, leur langage est emprunté de références philosophiques telles le mythos et le logos. Pourtant, ils ont eu le souci d'éviter l'utilisation de références trop technico-érudites mais n'ont pas pu apparemment intégralement en faire abstraction. Le texte n'en reste pas moins lisible pour le commun des mortels. Ecartant tous les aspects descriptifs et/ou psychologiques de l'histoire du nazisme, ils ont pu extraire quelques idées forces telles la prégnance d'un certain darwinisme, le tempérament psychotique d'Hitler, la besoin effréné d'efficacité du peuple allemand, traumatisé par plus d'un demi-millénaire d'échecs politiques et l'opportunisme d'une crise économique sans précédents pour l'Allemagne des années trente. D'une certaine façon, la référence à l'origine aryenne, la tradition anti-juive du peuple allemand, la froide organisation de l'extermination des juifs, des tsiganes, … n'étaient pas essentiels en soi, ils étaient essentiels parce qu'ils participaient à l'existence d'un mythe nazi propre, infâme mais original, un mythe qui devait permettre au peuple Allemand de sortir d'une torpeur pluri centenaire, un mythe fondé uniquement sur l'émotion, abolissant toute référence à la rationalité. La technicité des méthodes d'extermination devaient alimenter le mythe nazi, celui d'un absence de règles totales, celui d'une émotion débridée. Et c'est en cela qu'Hitler, à des années lumières de certaines théories qui le présentent comme un être profondément débile, a marqué le nazisme d'une emprunte indélébile. Les auteurs du livre " Le mythe nazi " vous le démontreront de manière beaucoup plus érudite, et c'est pour cela que ce petit ouvrage a reçu un accueil très chaleureux du journal " Le Monde " et d'autres revues dont la qualité n'est pas vraiment contestable. Seule faiblesse de l'essai, la fin nous laisse un peu sur notre faim. Car, on a peut l'impression que les auteurs ont décodé les mécanismes mais ne sont pas arrivés à conclure sur la définition réelle de ce qu'est ce mythe nazi. A lire impérativement pour tous ceux qui s'intéressent à cette époque mais aussi surtout pour tous ceux qui se sentent démunis pour comprendre des mécanismes actifs dans nos sociétés contemporaines. Car, le plus intéressant peut-être dans cet essai, se situe au niveau de la description implicite d'une méthode d'analyse puissante, celle des auteurs qui osent lever les tabous du perfectionnisme scientifique pour ne se concentrer que sur l'essentiel. Une leçon de libre pensée et d'humanisme. T. R.
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