Le médiateur
décodeur
Une approche régulatrice du conflit parental
Aujourd'hui, de plus en plus de pères s'impliquent
dans la vie de leurs enfants et cela bien avant la naissance de
ceux-ci. Ils attachent de l'importance à leur place de père, ils
investissent leur rôle paternel dont l'importance dans l'évolution
de l'équilibre et du bien être de leurs enfants est reconnue par
les différents acteurs du milieu de la petite enfance
Après la séparation, lorsque survient un désaccord
grave (dans un cinquième des cas en moyenne), la seule solution
est le recours à la Justice. Il est alors nécessaire de s'interroger
sur l'aptitude de la Justice à répondre le plus efficacement et
promptement à cette problématique et à faire face aux différentes
situations.
Les conflits qui se mettent en place peuvent avoir
des origines différentes. Il faut en effet faire la distinction
entre la capacité, c'est-à-dire la compétence purement technique
(communicationnelle, juridique, éducative, émotionnelle…) et la
volonté, c'est-à-dire le désir d'aboutir à un accord des parents,
le désir de trouver des solutions à leurs différents, à s'entendre
sur l'éducation de leurs enfants ou encore à veiller au bien-être
de ceux-ci.
De cette distinction, découle quatre cas de figures.
Les parents qui ont tous
deux la volonté et la capacité
Dans ce cas, les parents trouveront l'accord convenant
le mieux à leur enfant. La Justice peut ne pas intervenir dans le
dossier. Cet équilibre n'offre cependant aucune garantie à terme.
La relation entre les parents peut s'envenimer dans le temps, si
un parent ne désire plus aboutir à un accord. Aujourd'hui, les parents
qui ont choisi de s'entendre bénéficient malheureusement de peu
de soutiens.
Ceux qui ont tous deux la
volonté mais où au moins un des deux n'a pas la capacité
Lorsque un parent souhaite trouver un accord, celui-ci
peut faire appel à un service de médiation ou tout autre centre
d'aide à la famille. La Justice peut répondre et généralement entérine
l'accord convenu entre les parties. Malgré une certaine effervescence
dans la création de lois (par exemple sur la médiation), l'accompagnement
technique proposé aux parents n'est pas toujours à la hauteur des
espérances.
Ceux qui ont tous deux la
capacité mais dont au moins un des deux n'a pas la volonté
Dans ce cas de figure, on peut assez souvent parler
de " sabotage " intentionnel d'un parent afin de ne pas trouver
un accord. Cette situation peut débouchera sur une grande tension
entre les parents : le conflit s'installe et aura tendance à perdurer
pendant de nombreuses années. Confronté à ce genre de situations,
la Justice répond souvent de manière inefficace : conclusion typique,
les procédures judiciaires et para-judiciaires (expertises, etc.)
se multiplient et s'éternisent. Dans ce cas, le lien d'un des deux
parents (le moins fort des deux financièrement, socialement ou juridiquement
parlant) à son enfant va se dissoudre irrémédiablement.
Deux sous-catégories
fréquentes se produisent.
· Si le parent " saboteur " est une mère, elle aura
généralement gain de cause car la pression sociale est la plus forte
(la mère est considérée historiquement comme plus compétente que
le père pour s'occuper des enfants) Elle ne devra rendre des comptes
devant la Justice que très rarement, même si les conséquences de
ses actes sont négatifs pour l'intérêt de l'enfant. Cette situation
peut amener le père à une démission partielle, voire complète.
· Si le parent " saboteur " est un père, la justice
s'en rendra compte assez vite. Il sera écarté de la vie de ses enfants
et de nombreux moyens seront mis en place pour l'empêcher d'avoir
un contact avec ceux-ci.
Les parents qui n'ont ni
la capacité ni la volonté
La Justice se rendra compte du non désir d'au moins
un des parent de conclure un accord et prendra des mesures qui répondront
rarement aux demandes des deux parties.
Conclusion
La résolution de la cette problématique dépend essentiellement
de la capacité mais surtout de la volonté de chacun des parents,
des deux parents, à s'entendre pour le bien être de leurs enfants.
Or la Justice se piège dans ses modes de fonctionnement. Arbitre
des conflits, elle ne distingue pas le " conflit " normal lié à
toute séparation du " sabotage ".
Elle condamne un perdant et nomme le gagnant. Dans
ce mode de fonctionnement, il n'est pas question d'équilibre. Elle
est aveugle (dans le sens négatif du terme), dépendante des solutions
simples qu'elle choisit en fonction des valeurs sociétales dominantes
du moment. Elle n'est plus éclairée, elle est sous influences.
Les juges, quant à eux, se retrouvent bien souvent
seuls face à leur âme et conscience, dépendants de leur appartenance
à un système personnel de valeurs (chrétien, humaniste, socialiste,
féministe, démocrate, libéral, conservateur …) ; ils ont alors tendance
soit à déléguer à des " experts " soit à s'enfermer dans des croyances
.
Propositions et solutions
La Justice devrait être en mesure de distinguer les
différents types de conflits qui se mettent en place et prendre
les mesures les plus adéquates. Pour être à même de remplir cette
mission, elle devrait disposer de " nouveaux " outils.
Pour ce faire les parents en désaccord devraien être
reçus dés le début de la séparation par une personne clef (dans
le cadre d'un organisme en aval du système judiciaire). Dans un
premier temps, cette personne expliquera aux parents succinctement
l'environnement judiciaire dans lequel ils se trouvent, et les préviendra
des conséquences probables de tel ou tel choix dans la manière d'aborder
le conflit.
Dans un deuxième temps, l'entretien devra aboutir
à un décodage du désaccord , c'est-à-dire de l'état de capacité
et de volonté des deux parents à trouver un accord. Les parties
seront invitées ou aidées à se positionner dans une des quatre catégories.
Cette partie du travail est " publique ". La justice pourra prendre
connaissance du positionnement de chaque parent. Si un parent, par
exemple, refuse, explicitement ou implicitement une place à l'autre
parent, cela sera indiqué dans un rapport. Cette approche est profondément
apaisante. Elle n'est pas conflictogène. Elle est conflictofuge.
Le " médiateur décodeur " , ce sera le nom de cette
personne clef, n'est pas un médiateur entre deux parties. Il est
le médiateur entre trois parties, chaque parent, et la paix parentale
demandée par la société. Il doit donc aider à faire passer l'information
entre les trois parties (deux personnes physique et une personne
morale), et non uniquement entre deux, ce qui est le cas actuellement
de la médiation familiale.
A deux l'escalade et/ou le sabotage est un mode fréquent
de communication. A trois, il est essentiel de ne pas se retrouver
en minorité. Comme l'Etat doit être le garant de la paix sociale,
pour pouvoir ne pas être en minorité, chaque parent aura tout intérêt
à se montrer de bonne composition.
Le médiateur décodeur doit en effet communiquer aux
parents que l'Etat ne veut pas d'un conflit qui s'éternise. Le décodage
réalisé, le médiateur décodeur orientera les parties vers les institutions
les plus aptes à les aider (juge, aide psychologique aide technique
de résolution de conflits, aide comptable …) . Il aura à sa disposition
une " boîte à outils " ( connaissances psychologiques, sociologiques,
d'écoute, juridiques, financières…) la plus complète possible.
Le médiateur ne jugera jamais, il ne peut que constater
et relater. Il ne fera que communiquer aux différentes parties (la
mère, le père et l'Etat) l'état de capacité et de volonté de chaque
partie (l'Etat est censé, par définition vouloir que le conflit
s'arrange : cela est inscrit dans la Constitution).
La décision finale du choix d'approche du conflit
restera personnelle, mais, chaque parent aura dévoilé son jeu, le
juge sera au courant de la volonté et de la capacité de chaque parent,
il pourra balayer plus rapidement les arguments de mauvaise foi,
les fausses accusations … et donc se consacrer davantage à son métier
: juger en connaissance de cause, avec plus d'objectivité et d'impartialité,
dans le respect objectif de l'intérêt de l'enfant.
T.R., en collaboration avec CAPs Enfance.
{tableau 1}