Marcel Rufo est connu pour
ses prises de positions humanistes et pour son franc-parler. Nous
vous proposons ici une sélection de paroles issues d'un de ses
livres: " Œdipe toi-même ". Puisant sa pensée des rencontres qu'il
a eu avec nombre de ses patients, elle ne tombe presque jamais
dans l'invective théorique que, malheureusement, bien des experts
et de nombreuses personnalités psy empruntent allègrement, décochant
des préjugés moraux à qui s'écarte de leur religiosité pseudo-scientifique.
(novembre 2004)
Les paroles de Marcel Rufo respirent le bon sens
et la fraîcheur de l'âme. Pour lui, " le psychiatre a bien fait
son métier quand le sujet recommence à penser, à associer , à
anticiper, avec vivacité et plaisir . Il doit connaître ses classiques,
mais en même temps beaucoup fonctionner à l'intuition et à l'audace.
" C'est cela la psychothérapie Peu de pêche miraculeuse, mais
du savoir-faire, de l'intuition et de la patience. "
" Le médecin diagnostique le symptôme et s'emploie
à le faire disparaître. Le psychiatre, lui , le repère et s'efforce
de lui donner un sens afin que le sujet n'en ait plus besoin.
" " L'histoire montre bien que la suppression rapide du symptôme
entraîne le plus souvent un déplacement . Le symptôme est remplacé
par un autre " " Freud dit que la guérison vient de surcroît.
"
Parlant des jeunes, Rufo constate que, en cas
de maladie irréversible, " les adolescents veulent pouvoir " gérer
" leur mort, mais ils n'ont aucune envie que la maladie la gère
à leur place ! " " L'enfant croit que la maladie est une espèce
de punition, parce qu'il a été méchant, parce qu'il a eu des mauvaises
pensées concernant ses parents ou ses frères et sœurs. "
" C'est ainsi que les enfants font de trop bons
malades, résignées, un peu passifs, tant au niveau des soins qu'au
niveau de la douleur physique. Ils se plaignent peu, voire pas
du tout. Là où un adulte réclamera de la morphine, un enfant souffrira
sans rien dire. " " L'enfant peut ne plus considérer la maladie
comme un risque, mais il la vit souvent comme une véritable seconde
naissance . (surtout si elle apporte une attention constante du
médecin, des parents…). "
"Enfin, chez l'enfant, la maladie est organisée
comme une connaissance. La curiosité dont il fait preuve à son
égard, la même que celle pour les maths .. le protège un peu de
l'inquiétude. "
Sur la parole de l'enfant et sur son interprétation,
sur le positionnement des parents, le pédopsychiatre s'interroge
: " chaque parent ne doit-il pas faire le deuil de l'autre (en
cas de divorce). Si l'un des deux ne l'a pas fait, l'adolescent
se retrouve dans une situation impossible et, la plupart du temps,
il va vouloir rester auprès du plus fragile, celui qui a le plus
besoin de lui. "
" L'expérience montre qu'il faut toujours être
très attentif à ce que raconte l'enfant, sans pour autant prendre
tout pour argent comptant. La juste position des parents se situe
à mi-distance entre le mépris indifférent et l'adhésion. On écoute,
on questionne, on vérifie ; il y a obligation de débat contradictoire.
"
Expérience et chiffres à l'appui, Rufo déconstruit
aussi cette croyance de la répétition transgénérationnelle systématique
des schémas parentaux. " Sur 400 enfants d'une institution du
Haut-Var devenus grands, 93% d'entre eux sont devenus d'excellents
parents et de non moins merveilleux grands-parents. Ils n'ont
pas répété les sévices vécus dans leur enfance. A peine 7% d'entre
eux ont reproduit sur leurs enfants les sévices dont ils avaient
été victimes. Et pourtant, on ne stigmatise que ces 7% là, et
on s'empresse d'en tirer des conclusions alarmantes sur le phénomène
de reproduction."
Le professeur Rufo met aussi l'accent sur la modération
et la modestie. Ainsi, pour lui, " heureusement, il n'y a pas
que la psychothérapie qui permette de s'en sortir. Elle n'a pas,
et ne doit pas avoir, d'aspect totalitaire sur l'évolution des
gens. Voilà qui devrait inviter les explorateurs de l'inconscient
à plus d'humilité, quand la tentation de la toute-puissance menace
de les métamorphoser en démiurges. "
" Là où on a été le plus utile avec un de nos
jeunes patients , c'est en abandonnant, en le laissant poursuivre
sa voie sans plus intervenir. La rencontre avec un pâtissier a
été plus bénéfique pour lui que la rencontre avec la psychiatrie
"
Quant au mensonge, il nous rappelle que, " sans
encourager les parents à mentir à tout propos, il est sans doute
bon de leur rappeler une chose : le mensonge parfois fait le roman
et c'est le roman qui crée la capacité poétique à supporter la
réalité de la vie. L'imaginaire n'est pas la vérité mais il est
nécessaire. "
Sélection d'extraits par T.R