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« Il faudra évaluer la loi
sur l’hébergement égalitaire ... »
Valérie Déom, député fédérale
du parti socialiste.
MPJM (Mon papa,le juge et moi) : Quelles
sont pour vous les priorités du droit familial actuel
?
Valérie Déom (V.D.) Premièrement, il
faut créer rapidement un Tribunal des familles efficace.
Cela permettra de traiter le contentieux familial par
des magistrats encore plus spécialisés. Cela facilitera
aussi le suivi des dossiers. Deuxièmement, de nombreux
chantiers ont été ouverts lorsque Mme Onkelinx était
ministre de la Justice. Je pense à la loi sur le divorce
sans faute, à la loi sur l’hébergement égalitaire …
Ils sont en partie inachevés. Un suivi fiscal et social
des familles devrait par exemple pouvoir être mis en
œuvre. Les problématiques des enfants à charge, du traitement
des allocations familiales doivent être adaptées aux
nouvelles familles. Il faudrait peut-être penser à un
duplicata des cartes sis, etc. Idéalement, il faudrait
aussi bannir le fait qu’un parent puisse être secondaire.
Il y a 30 ans, le concept d’enfant naturel a été retiré
de l’arsenal juridique belge pour permettre à tous les
enfants d’être égaux. Il faudrait appliquer le principe
pour que tous les parents le deviennent également. Troisièmement,
en ce qui concerne la loi sur l’hébergement égalitaire,
il me paraît essentiel d’entamer un processus d’évaluation
plus précis. En septembre 2009, cela fera trois ans
que la loi aura été publié au moniteur. Ce sera le bon
moment pour vérifier si tous les concepts qu’elle soutient
ont été bien compris et appliqués par les différentes
juridictions.
MPJM : Que pensez-vous du concept de
motivation spéciale présent dans la loi sur l’hébergement
égalitaire ?
V.D. : La loi sur l’hébergement égalitaire
propose un nouveau modèle. Elle ne l’impose pas. Mais
afin de combler les lacunes en matière de prévisibilité
des litiges, il fallait permettre au juge de cadrer
ses décisions. S’il s’écarte des critères mis en avant
dans la nouvelle loi, s’il refuse la mise en place d’un
hébergement égalitaire - et il peut le faire - il doit
alors le motiver spécialement. Spécial, cela signifie
évidemment plus. La loi voulait éviter que le juge refuse
un hébergement égalitaire en le motivant pour la forme.
S’il le refuse, il doit expliquer pourquoi. Il doit
le justifier sur base d’éléments précis.
MPJM : Nous constatons que peu de juges
appliquent la notion de motivation spéciale. Pour beaucoup,
motivation spéciale ou motivation simple, c’est du pareil
au même. Qu’en pensez-vous ?
V.D. : Si c’est le cas, il faudra rappeler
les juges à l’ordre. Une évaluation de la pratique judiciaire
postérieure à l’introduction de la nouvelle loi dans
l’ordre juridique belge est nécessaire. Certains juges
sont attachés à d’anciennes traditions. Pour eux, l’enfant
est d’abord attaché à la mère. Les mentalités doivent
changer. Aujourd’hui, un enfant doit avoir des contacts
de qualité avec les deux parents.
MPJM : En Belgique, 10% des enfants,
c’est-à-dire 200.000 enfants, voient un de leurs parents
moins de deux fois par an. Qu’en pensez-vous ?
V.D. : C’est énorme. C’est beaucoup
trop. Il faudra réfléchir à des solutions. Vous me parlez
de la difficulté de rechercher les enfants auprès d’un
parent qui refuse de les rendre. Renforcer les possibilités
de recourir à la force dans de bonnes conditions paraît
malheureusement incontournable. C’est très difficile
de demander à un huissier d’aller chercher un enfant
de force quand un parent ne respecte pas un jugement
qui l’enjoint de remettre l’enfant à l’autre parent.
Mme Onkelinx a essayé d’humaniser cette reprise forcée.
La présence d’un psychologue est positive. L’astreinte
est utile. Dans ces dossiers, malheureusement, tout
le monde est perdant.
MPJM : Pensez-vous qu’il faudra passer
par une régionalisation de la justice familiale pour
arriver à mettre en place un tribunal des familles ?
V.D. : Non, pour moi, c’est une aberration
de régionaliser la justice familiale. Cela va encore
compliquer la vie des parents alors qu’il faut la simplifier.
Selon mes informations, les travaux avancent bien. M.
Wathelet gère le dossier. Il faut encore vérifier l’impact
budgétaire de ce nouveau tribunal. Je ne crois pas qu’il
soit énorme, car au fond, il s’agit d’une restructuration
de l’actuel système judiciaire afin de renforcer son
efficacité.
MPJM : Le temps pour obtenir un jugement
est parfois très long. La perception du temps par l’enfant
n’est pas la même que celle des adultes. Ne faudrait-il
pas imposer des délais raisonnables plus courts dans
les litiges familiaux ?
V.D. : A priori, je ne suis pas certaine
que le système doive être adapté. Mais en y réfléchissant,
je pense que les enfants ont effectivement une perception
du temps très différente des adultes. Il serait absurde
de ne pas en tenir compte. Nous parlons d’intérêt supérieur
de l’enfant. Dans cette logique, une attention particulière
au temps de l’enfant me paraît nécessaire. Une loi pourrait
le préciser.
MPJM : Que pensez-vous du coût des procédures
? La justice ne coûte-t--elle pas trop cher ?
V.D. : Nous voulons éviter une justice
à deux vitesses. De bons avocats pour les gens aisés.
De moins bons pour les autres. Le PS a dans le passé
à plusieurs reprises relevé les montants des revenus
qui donnent droit à l‘intervention d’une aide juridique
complète ou partielle. Mais cela ne suffit pas. Une
mutualisation des actes juridiques pourrait être une
solution. Cela a néanmoins provoqué beaucoup de réticences
auprès de nombreux acteurs judiciaires.
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