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Iréna, Iréna, je pense à toi
tous les jours. Je regarde des photos de toi quand tu
était petite, si petite, si innocente. Je n’arrive pas
à dépasser ton départ. J’oscille entre colère et tristesse.
Ma fille est morte !
Ma fille, Iréna, est morte l’année dernière.
Dans le rapport de police, il est écrit qu’on l’a retrouvée
inconsciente dans l’appartement de son boyfriend. Elle
avait 17 ans. Elle est décédée à l’hôpital. Peu importe
ici les causes de sa mort, ce n’est pas l’histoire qeu
je voudrais ici vous raconter.
A l’époque de son décès, j’avais perdu
tout droit vis-à-vis de ma fille. Son papa avait obtenu
du Tribunal de Nivelles l’hébergement principal et l’autorité
parentale exclusive. Ma fille ne voulait plus me voir
depuis ses 14 ans. Je n’ai pas beaucoup de moyens financiers,
mon ex-mari est quant à lui directeur dans une société
privée très dynamique. Il gagne de « l’or en barre ».
Je crois qu’il a payé l’amour de sa fille. Tout ce qu’elle
lui demandait, elle l’obtenait.
Moi, de mon côté, j’avais essayé que
ma fille respecte certaines règles. Elle me hurlait
dessus en disant que j’étais une dictatrice, que c’était
mieux chez son père, que lui au moins comprenait ce
dont elle avait besoin… Iréna fréquentait une école
élitiste où tous les élèves sont fils ou filles de personnes
très aisées. Déjà à 12 ans, je me rappelle que ma fille
me faisait des crises parce qu’elle voulait des habits
hyper branchés et hyper chers pour ne pas paraître nulle
face à ses copains et copines.
Iréna a affirmé devant le juge que je
la maltraitais, que j’étais alcoolique qu’il faisait
sale chez moi… Le juge a entendu ma fille et lui a donné
raison. Mon avocat était un avocat du Bureau d’aide
juridique (pro deo). Il était tout jeune, il venait
de commencer son stage. L’avocat de mon ex-mari est
considéré comme un ténor du barreau. Les conclusions
étaient abominables. Elles me donnaient envie de vomir.
Je pouvais certes encore accueillir ma fille. Mais elle
refusait de me voir. Je ne l’ai donc plus vue.
J’essayais néanmoins d’avoir des informations
sur sa scolarité… Mon ex-mari me refusait ce droit.
J’aurais pu porter plainte et intenter une action judiciaire,
mais à quoi bon? Ma fille allait bientôt être majeure,
…
J’aurais voulu voir ma fille une dernière
fois, j’aurais voulu assister à son enterrement. C’est
mon destin. Je n’ai appris la mort de ma fille que trois
jours après son inhumation … Mon ex-mari n’a pas considéré
comme étant utile de m’avertir plus tôt.
Magdaléna, 36 ans Uccle
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