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Eliane Masson,Présidente de
l’asbl La Mouette Belgique
"Le monde est fatigué de la
haine" Ghandi
Quelles sont les activités de votre
association ?
Notre travail s’articule sur deux pôles.
D’un côté, nous organisons régulièrement des conférences,
des formations, des ateliers ou des séminaires. Nous
y invitons des experts ou des personnalités remarquables.
Nous avons eu la chance de pouvoir compter parmi nos
intervenants, des personnes comme Jean-Yves Hayez, Benoît
VanDieren, Van Gijzeghem, Michel Mercier, Catherine
Bonnet, Ursula Kodjoe, Yves Losseau, Wilfried von Boch-Gallau,
Richard Cloutier, les juges Macq et Dehalu,… D’un autre
côté, nous recevons des personnes en souffrance, essentiellement
des parents, jamais des enfants. Ces entretiens personnels
permettent à des personnes qui ont l’impression de ne
pas être comprises par des instituions officielles (justice,
SAJ, SPJ …) de préciser leurs attentes ou leurs griefs.
Nous les écoutons. Nous intervenons parfois en écrivant
des lettres à des intervenants professionnels. En général,
les juges apprécient notre travail car il peut apporter
un autre éclairage, certes modeste, sur la compréhension
d’une situation familiale. Evidemment, nous sommes très
prudents car notre intervention peut être à double tranchant
et, de plus, nous savons très bien que nous pouvons
nous faire manipuler. D’ailleurs, nous l’avons déjà
été et nous le serons sans doute encore. Mais, avec
le temps, nous arrivons à très vite comprendre à qui
nous avons affaire.
Vous pouvez nous expliquer votre parcours
militant ?
Mon parcours militant, je l’ai commencé
assez tard, il y a une dizaine d’années. J’ai été marquée
par le crime perpétré sur Marc et Corine, les enfants
des familles Malmendier et Kisteman). J’ai été très
active dans l’association « Marc et Corine ». Plus tard,
j’ai rencontré Annie Gourgue, la fondatrice de la «
Mouette France ». J’ai eu la possibilité de représenter
l’association française en Belgique, ce que j’ai accepté.
En 2001, une émission de Thomas Van Hamme, de la RTBF,
nous a permis d’être connus du grand public. A cette
époque, avec M. Van Gijzeghem, nous avions organisé
deux conférences, une pour les parents et l’autre pour
les magistrats. Ce fut un grand succès. Notre association
était définitivement lancée .
Etes-vous aidés par les pouvoirs publics
?
Non. Les pouvoirs publics peuvent faire
un travail formidable. Cependant, parfois, lorsque l’on
touche à des problématiques difficiles, des malentendus
peuvent survenir. Nous, nous voulons rester indépendants,
et cette indépendance totale est difficile à subsidier.
Nous croyons à ce que nous faisons. Notre travail peut
avoir des conséquences importantes sur la société ou
sur les gens que nous recevons. Après réflexion, nous
avons dû faire le choix de refuser les subsides. Nous
existons donc essentiellement sur fonds propres et sur
la bonne volonté de nos membres et de nos collaborateurs.
Malgré tout, nous essayons d’obtenir une aide pour organiser
nos actions (par exemple pour le séminaire sur Cochem).
Vous avez organisé de nombreuses conférences
sur l’aliénation parentale. Pourquoi cet intérêt ?
Très rapidement, lorsque je me suis
intéressée aux problèmes que vivent les familles, je
me suis rendu compte de la souffrance de certains parents.
Au départ, je m’attendais à travailler davantage sur
la problématique de la maltraitance « traditionnelle
» subie par les enfants. Mais à 80%, ce sont des problèmes
liés à des séparations qui se passent mal. Des parents
ne voient plus leurs enfants. Des parents qui ne comprennent
pas pourquoi leurs enfants les rejettent du jour au
lendemain. Au départ, nous ne comprenions pas non plus,
nous étions perdus, nous ne connaissions pas le concept
d’aliénation parentale. Elle permet de mettre des mots
sur des souffrances, même s’ils ne sont parfaits. Personnellement,
j’ai encore beaucoup de mal avec cette expression «
aliénation parentale ». Mais c’est le seul outil qui
permette d’essayer de comprendre ce qu’il se passe.
Personnellement, j’utilise un terme pas très scientifique
mais qui a l’avantage d’être compris très rapidement.
Il s’agit de manipulation. Certes, cette manipulation
- cette aliénation – est très spécifique, mais c’est
quand même de la manipulation. Une horrible manipulation,
parce qu’elle a pour but de vous enlever vos enfants
de l’intérieur. Ce sont les enfants eux-mêmes qui vous
rejettent. Dans le cadre d’un rapt d’enfant, on sait
qui est l’agresseur. Dans l’aliénation parentale, l’agresseur
reste caché derrière les enfants qui sont instrumentalisés
affectivement pour agresser un de leurs parents.
Vous allez organisé une conférence
sur l’expérience de Cochem. En deux mots, vous pouvez
nous dire ce qu’il se passe dans cet arrondissement
judiciaire allemand ?
C’est une expérience unique qui se déroule
en Allemagne, sur la Moselle. Les autorités judiciaires
ont décidé d’imposer une nouvelle forme de résolution
des conflits familiaux. Le Juge RUDOLPH, en collaboration
avec Me THEISSEN et la psychologue Ursula KODJOE, ont
voulu en finir avec l’aliénation parentale. Ce ne fut
pas simple car, au début, ils ont dû faire face à bien
des résistances de la part des professionnels du droit.
Ils ont néanmoins réussi leur pari. Les parents manipulateurs
ont dû coopéerer et ont dû respecter l’intérêt de l’enfant.
Sept ans après le début de leur projet, le taux de cas
d’»aliénation parentale» a baissé de façon spectaculaire.
Les parents secondaires peuvent-ils
être aliénants ?
Evidemment. L’aliénation parentale
dépend entre autres de la puissance de la charge émotionnelle
imposée à l’enfant. Même sur des courtes périodes, un
parent peut désorienter un enfant et lui imposer une
violence affective telle que l’enfant se retournera
contre l’autre parent. Par ailleurs, l’aliénation parentale
peut être le fait d’une mère comme celui d’un père.
Elle sera peut-être différente, oui.
Les enfants disent-ils toujours la
vérité ?
Non, absolument pas. Il faut être bien
naïf pour croire le contraire.
En quelques mots, si vous devriez expliquer
l’aliénation parentale, quels seraient-ils ?
Pour moi, c’est très simple. Je le
répète, il s’agit d’une forme sophistiquée d’une manipulation
d’un parent sur son enfant pour qu’il se retourne contre
son autre parent. Ce travail de sape peut avoir des
conséquences gravissimes à long terme sur l’épanouissement
et la santé mentale de l’enfant
Quelles sont les priorités pour vous
?
Il faut former, former et encore former
les magistrats, les avocats ainsi que les autres intervenants
judiciaires. Nous devrions pouvoir compter sur davantage
de magistrats et de professionnels de l’enfance compétents
en la matière.
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