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La relation d'activation père-enfant *

La relation d'activation père-enfant permet de répondre au besoin de l'enfant d'être activé, au besoin de dépassement, de prises des risque, tout en étant sécurisé. Dans une relation d'activation de qualité, l'enfant apprendrait à faire confiance en ses propres capacités, à faire face aux menaces et à l'étrangeté de son environnement physique et social .

(octobre 2004)

Cette nouvelle terminologie fait suite à quelques découvertes récentes. Les recherches de Labrell (1996,1997) révèlent que les pères utilisent les objets de manière inhabituelle pour entrer en contact physique avec l'enfant. Ils proposent plus de jeux non conventionnels que les mères et, au cours de ces jeux taquinent davantage l'enfant afin de le déstabiliser émotionnellement et cognitivement . Cela permet à l'enfant d'apprendre à réagir à des événements imprévus .

" Les pères cherchent plutôt à exciter l'enfant alors que les mères visent davantage à le contenir (Dixon 1981, Yogman, 1985). D'après Jean Le Camus, l'enfant a autant besoin de stimulations, d'impulsions, d'incitations que de sécurité et de stabilité. Plus spécifiquement, les jeux de lutte père-enfant à l'âge préscolaire répondent à ces besoins en permettant à l'enfant d'apprendre à prendre sa place dans un monde potentiellement hostile, et ce d'une manière socialisée et sans agressivité excessive.

Par ses règles, les jeux de lutte mettent en place un rapport complexe entre deux individus dont la finalité est l'apprentissage de stratégies de domination tout en évitant les blessures . Ils s'observent entre enfants dès l'âge préscolaire et perdurent jusqu'au début de l'adolescence (point culminant entre 8 et 10 ans). Ils sont plus importants et plus fréquents chez les garçons que chez les filles et, ce, quelque soient les cultures (Carson 1993).

Cette différence sexuelle semble apparaître très tôt au cours du développement et serait due à un système nerveux central modifié par la testostérone prénatale (cf. expérimentations effectuées sur des animaux incluant des primates non humains - Meaney & Stewart 1981, Ward & Stehm 1991, Hines & Kaufman 1994)

La lutte procure du plaisir à l'enfant lorsque elle induit un sentiment de réciprocité dans le rapport dominant - dominé : si l'enfant prend trop rarement le dessus, il arrête de jouer. Les recherches constatent que ce type de jeux sont moins fréquents chez les pères autoritaires.

L'autoritarisme parental conduit souvent à de la rébellion ou au non respect des règles. En fait, les enfants ont besoin d'entendre un langage complexe de la part du père: " je t'aime, je suis le plus fort que toi pour l'instant mais, demain, cela peut changer. De plus, comme nous nous aimons, je n'en ai pas peur ".

Ainsi, les enfants seront plus confiants dans leurs capacités, seront plus responsables et pourront échanger plus facilement avec les adultes et les pairs, dès l'âge préscolaire. Leur scolarité sera plus linéaire (Hastings & Rubin 1999), les garçons auront également une meilleure carrière professionnelle car leur désir de réussite ne sera pas gâché par trop de fermeture (autoritarisme) ou par trop d'ouverture (coopératisme).

Une discipline parentale souple, ludique et adaptée peut alors jouer un rôle fort important entre 2 et 5 ans, dans l'intérêt de l'enfant. Cela est surtout vrai chez les garçons. Ils sont plus impulsifs et plus aventureux que les filles, ils prennent plus de risques et, en conséquence, ont plus d'accidents nécessitant des traitements médicaux (Block 1983) .

Le jeu permet à l'enfant d'obéir plus facilement car il est intégré dans le processus de décision. Cela permet de moduler et de contenir les comportements agressifs

De là, "il est fort possible que l'absence ou la présence discontinue du père explique, en partie du moins, l'augmentation des problèmes d'adaptation sociale des enfants, en particulier des garçons. En effet, ils sont beaucoup plus souvent sujets aux troubles de comportements extériorisés (troubles de l'attention, hyperactivité, agressions, vols, impulsivité, mensonges, vandalisme..) , au décrochage scolaire, à la toxicomanie et au suicide que les filles (Saint-Jacques, Mckinnon, Potvin 2000).

Mais, cette théorie est parfois vigoureusement contestée. Quoi qu'il en soit, la relation d'activation chère à Daniel Paquette (institut de recherche pour le développement social des jeunes, Centre jeunesse de Montréal et Département de psychologie, Université de Montréal) mérite pour le moins d'être analysée de manière plus approfondie car cette piste a l'avantage d'apporter un peu d'oxygène à des théories psychologiques pas toujours exemptes d'a priori.

Certes, et en dehors d'une polémique vaine, les résultats des recherches sont plus marquants lorsqu'il s'agit d'une enfance masculine. Cela est sans doute liée à l'observabilité plus grande de la maltraitance auprès des jeunes de sexe masculin. Ceux-ci l'extériorisent plus rapidement. Gageons que le manque de liens d'activation a aussi des conséquences auprès des jeunes filles même si aujourd'hui, nous ne possédons sans doute pas les moyens de les détecter.

T.R.

*Interprétation de quelques idées de l'article de Daniel Paquette (institut de recherche pour le développement social des jeunes, Centre jeunesse de Montréal et Département de psychologie, Université de Montréal) paru dans " Enfance, 2004/2 "