Dossier
Mutuelles - Parents secondarisés.
(par J.Van Roosbroeck, G. Vali et T.R.)
Après une séparation ou un divorce, le parent
secondarisé est confronté, dans le cadre du suivi médical de son(ses)
enfant(s) à de nombreuses difficultés pour assumer son rôle de parent.
En voici une liste succincte et non exhaustive.
1- Les relations avec le médecin généraliste, le pédiatre ...

Bien que de plus en plus de pères accompagnent leur compagne lors
des visites médicales de leur(s) enfant(s), leur place reste néanmoins
marginale dans la perception des médecins. Ceci est d'autant plus
vrai lorsque l'enfant est fort jeune. Cette culture médicale peut
avoir des conséquences graves lorsque, après une séparation ou un
divorce, le parent principal (très souvent la maman) s'en sert pour
tenter de rompre les relations entre le père et ses enfants. Le
parent secondaire n'obtenant plus les informations basiques sur
la santé de son enfant, il sera vite catalogué comme harceleur lorsqu'il
les réclame. Le médecin traitant évite alors bien souvent de répondre
par téléphone. Il lui arrive aussi de facturer les renseignements
médicaux comme s'il s'agissait d'une consultation. Malgré la loi,
il refuse fréquemment de poser certains actes médicaux basiques
sans l'accord de la mère. Pire encore, il lui arrivera de témoigner
à l'encontre du parent secondaire, et cela en décalage avec les
règles déontologiques de l'Ordre des médecins. Enfin, les certificats
médicaux de complaisances ne sont pas rares, ils servent à cautionner
les non-présentations d'enfant du parent principal.
2- Des relations difficiles avec les hôpitaux
A l'accueil d'un centre hospitalier, seront souvent réclamées la
carte d'identité de l'enfant, la carte SIS ou encore la plaquette.
Le parent secondaire possède rarement ces documents. En conséquence,
l'hôpital réclamera le prix plein de la consultation et les médecins
auront tendance à se méfier d'un parent qui ne sait pas répondre
à leurs questions, même banales. Par ailleurs, si l'enfant est hospitalisé
lors du temps d'hébergement du parent principal, il n'est pas rare
que le corps médical interdise l'accès à l'enfant en dehors des
jours précisés par un jugement, même quand la vie de l'enfant est
en jeu. Il est arrivé que le parent secondaire soit averti du décès
de son enfant qu'après son enterrement !
3- Le prix des médicaments dans les pharmacies
Sans carte SIS, c'est le prix plein qui s'applique. Le duplicata
fourni par la mutuelle de l'ex-compagne ne sera pas toujours suffisant
pour bénéficier du tarif mutualisé. De plus, sa validité est limitée.
Le parent secondaire sera donc souvent obligé de multiplier les
démarches administratives pour obtenir les remboursements de la
sécurité sociale.
4- Les mutuelles
Le personnel des mutuelles ne connaît pas toujours les procédures
qui concernent l'application concrète de l'autorité parentale conjointe
(art. 374 code civil) en matière de remboursement des prestations
médicales (faut-il avoir une procuration du parent affilié ou un
duplicata de la carte SIS -fourni uniquement sur base d'un jugement-,
ou les deux ... pour pouvoir changer le n° de compte bancaire pour
24 heures, recevoir le versement du montant sur une carte à puce
proton ...). Mais bien souvent le parent secondaire n'a pas de jugement
car les procédures judiciaires peuvent prendre plusieurs années.
De plus, la loi précise bien qu'un simple acte de naissance devrait
suffire (si le père a pu reconnaître l'enfant). En ne répondant
pas aux demandes légitimes des parents secondaires, les mutuelles
se mettent hors-la-loi.
5- Le suivi médical dans les procédures judiciaires
Lorsque le parent principal veut éliminer tout contact de(s) l'enfant(s)
avec l'autre parent, il n'hésite pas à le pousser à commettre des
négligences dans le suivi médical de l'enfant . Ainsi, dans un premier
temps, des faux renseignements sont donnés au parent secondaire
(l'enfant aurait un rhume alors qu'il a une otite). Dans un deuxième
temps, après retour chez le parent principal, l'otite de l'enfant,
et ses éventuelles complications, seront constatées par le médecin
traitant de l'enfant. Dans un troisième temps, la négligence du
parent secondaire ainsi provoquée, sans aucune considération pour
la santé de l'enfant, sera dénoncée devant un tribunal.
Que peuvent faire les mutuelles ?
- Informer le personnel des mutuelles de cette problématique, de
plus en plus courante - Uniformiser la double carte SIS permanente,
une par parent, afin de se conformer à la loi sur l'autorité parentale
conjointe de 1995.
- Simplifier toutes les démarches administratives.
- Fournir facilement (dans chaque antenne de la mutuelle) les informations
concernant le dossier médical de l'enfant (listing des prestations
médicales, des maladies, des prescriptions de médicaments ...).
- Négocier une convention avec l'ordre des médecins pour sanctionner
l'usage de certificats médicaux de complaisance. Poursuivre les
contrevenants pour escroquerie (médecins et patients)
- Mener des compagnes d'information auprès de leurs affiliés sur
les conséquences de l'autorité parentale conjointe en matière de
remboursement des frais médicaux.
- Peser de leur poids lors des négociations avec les responsables
politiques pour garantir un système légal simple et équitable pour
les familles éclatées en matière de sécurité sociale.
- Chiffrer les pertes financières des mutuelles dues aux abus en
matière de soins de santé des enfants confrontés à un conflit parental.
{tableau 1}