Un livre sur les femmes nazis,
sur la responsabilité directe ou indirecte de la femme et du féminisme
allemand dans le déchaînement de la terreur. Un livre écrit par
une femme, historienne, autrichienne. Un livre courageux tout
en symboles.

Le malaise actuel dans les relations " officielles
" entre hommes et femmes, construit autour de frustrations réciproques
-les mouvements féministes et ultra-féministes reprochant, en
gros et sans nuances, aux hommes leur violence et leur domination
politico-économique, les hommes reprochant aux femmes, en gros
et sans nuances, le non respect des règles et leur violence psychologique-
ne peut être compris sans une analyse du passé.
L'ouvrage d'Anna Maria Sigmund, historienne et
philosophe autrichienne, auteure de best-sellers en Allemagne,
est une source indispensable. " Les femmes du troisième Reich
" révèle la personnalité et l'histoire de huit femmes qui ont
compté dans le régime Nazi d'Hitler : ce sont Henriette von Schirach,
Emmy et Carin Göring, Magda Goebbels, Leni Riefenstahl, Gertrud
Scholtz-Klink, Geli Raubal et Eva Braun.
Parmi ces femmes de pouvoir, Henriette von Schirach,
Leni Riefenstath et Gertrud Scholtz-Klink sont particulièrement
intéressantes car soit elles n'ont jamais émis de regrets quant
à leur participation active aux crimes de la Deuxième guerre mondiale,
soit elles ont pu continué une carrière épanouissante après la
guerre. De plus, de nombreux mouvements féministes ont soutenu
certaines d'entre elles, directement ou indirectement, jusqu'à
tout dernièrement encore.
La responsabilité des femmes dans l'ascension du
régime nazi n'est plus contestée car incontestable. Malgré l'instrumentalisation
de l'image non féministe de la " femme au foyer " par la propagande
nazi, dans les faits, de nombreuses femmes ont vu en Hitler la
possibilité d'une émergence d'une plus grande indépendance pour
les femmes. Sans le vote massif des femmes, sans leur soutien
économique et mondain, Hitler ne serait jamais arrivé au pouvoir.
Il le savait très bien car il organisait dès le tout début de
sa carrière politique des actions punitives contre tout journaliste,
toute personne qui critiquait son " fan-club " féminin.
Aujourd'hui, l'activisme féministe et l'inertie
des intellectuels ont conduit à l'éradication de toute responsabilité
féminine dans le déroulement du chaos hitlérien. Il serait utile
que les femmes et les mouvements féministes fassent une introspection
critique de leurs responsabilités dans le cours des ces évènements
tragiques. En fait, ce que l'on reprochait il y a peu aux Autrichiens,
à savoir la non-prise en compte de leurs responsabilités historiques,
pourrait être reproché aussi aux mouvements féministes.
A ce titre, le travail de Anna Maria Sigmund participe
au débat démocratique, à la restauration de la mémoire objective.
L'entreprise doit être saluée car elle courageuse et honnête.
Laissant de côté son appartenance de genre, l'historienne parle
de femmes, sans haine mais sans concessions. Un tel ouvrage aurait
certainement été moins bien reçu si un homme s'était permis une
démarche analogue. Toute personne voulant mieux comprendre le
passé de notre Europe lira avec attention cet ouvrage agréable
à lire d'à peine 300 pages.
T.R.
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