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Le double visage du féminisme, exemple belge d'une évolution européenne ?

En Belgique, le débat sur une modification du Droit familial en matière de garde des enfants révèle une scission entre deux approches féministes différentes, celle de Mme Laurette Onkelinx, défenderesse d'une plus grande complémentarité entre hommes, et femmes et celle de Mme Christine Defraigne, arc-bouté sur une position agressive anti-pères et anti-hommes.

Longtemps, pour beaucoup de pères et de sociologues, sur de nombreux sujets touchant à la femme ou à la parentalité, les femmes politiques appartenaient d'abord au mouvement féministe avant d'appartenir à une idéologie bien précise.

Avant d'être de droite, de gauche ou du centre, avant d'être écologique, libérale, chrétienne ou sociale-démocrate, la plupart des femmes revendiquait, ouvertement ou inconsciemment, leur appartenance et leur soutien au mouvement féministe.

De très nombreux témoignages indirects de femmes plus ou moins célèbres le démontrent. Des phrases comme " n'espérant ne pas avoir trahi la cause féministe, je pense que … " sont en effet monnaie courante. Cela démontre une forte appartenance à une même idéologie.

Pourtant, l'exemple de Mme Badinter (considérée par certaines féministes comme une traîtresse à la cause) en France, et plus récemment le combat que se livrent Mme Onkelinx, ministre de Justice belge, (Parti socialiste) et Mme Defraigne, chef de file des femmes libérales et/ou conservatrices belges (Mouvement réformateur - parti de droite) sont peut-être révélateurs d'une mutation du mouvement féministe.

Il est vrai qu'aujourd'hui, les femmes européennes, dans leur ensemble, peuvent pavoiser dans bien des secteurs traditionnellement masculins. L'université se décline au féminin, les professions médicales " nobles " (médecine, dentisterie …) sont " assailies " par les femmes, de même, les métiers d'avocat, de journaliste …

La conscientisation par les femmes de leur place de plus en plus dominante dans la société (le décrochage scolaire touche essentiellement les garçons) serait-elle à l'origine d'une plus grande indépendance face à la ligne dure d'une vision archéo-féministe ? Ce serait heureux, non pas pour déforcer le mouvement féministe mais pour pouvoir enfin discuter plus ouvertement d'un certain nombre de sujets, avec les hommes par exemple.

Signe des temps, l'opposition belgo-belge entre Mme Onkelinx et Mme Defraigne a pour sujet un thème féminin par excellence : la garde des enfants, et son corollaire, la place plus ou moins importante des pères dans ce bastion féminin, voire féministe.

L'avant projet de loi de Mme Laurette Onkelinx précise que " lorsque les parents ne vivent pas ensemble, et que le tribunal est saisi de leur litige, l'accord des parents sur les modalités de l'hébergement est homologué par le tribunal sauf s'il est manifestement contraire à l'intérêt de l'enfant.

A défaut d'accord entre les parents, en cas d'autorité parentale conjointe, le tribunal examine prioritairement la possibilité d'attribuer l'hébergement de manière égalitaire entre les parents, selon la formule la plus appropriée dans l'intérêt de l'enfant et des parents ".

Cette démarche d'ouverture suscite pourtant des réactions virulentes de la part de Mme Christine Defraigne. Dans tous les pays européens, des débats se tiennent ou se sont tenus sur le principe de la garde alternée. Dorénavant, auprès des féministes, deux courants se côtoient donc !

Il est relayé par les dernières statistiques européennes concernant la natalité qui indiquent une nette différence entre la réalité allemande et française en la matière, les Allemands battant tous les records de dénatalité.

La dichotomie Onkelinx-Defraigne se rapporte à des constats étonnants qui mettent à mal bien des clichés sur les causes du manque d'enthousiasme des hommes et des femmes dans le désir d'enfant. " Les pays où la participation des mères au marché du travail est la plus importante sont également ceux où la fécondité est aussi la plus élévée " titrait tout dernièrement un grand quotidien européen.

C'est comme si les femmes non épanouies professionnellement faisaient la grève de la maternité ! Le désir d'enfant serait, chez ces femmes, atténué par un sentiment de non-appartenance à la religion dominante actuelle : l'épanouissement personnel par la travail.

C'est pour cette raison que beaucoup de femmes plébiscitent la garde alternée (plus de 50% considèrent ce choix comme prioritaire dans un sondage fait sur un public de 2000 personnes). C'est pour cette raison aussi, qu'elles demandent que les entreprises prennent en compte leur réalité, qu'elles demandent des transports à prix raisonnables, un accueil extra-scolaire de qualité … car elles savent très bien que si elles ne veulent pas subir la concurrence des femmes sans enfants, il faudra aménager la société en fonction.

En effet, une carrière sans enfants est en générale plus rapide qu'une carrière avec enfants, aujourd'hui encore. Confrontées à de nouveaux désirs, ceux d'une reconnaissance sociale basée sur leur compétence et non plus sur leur appartenance, les nouvelles femmes (du type Onkelinx) commencent à remettre en cause certains tabous féministes conservateurs comme l'hébergement des enfants, les contributions alimentaires … défendues par des nostalgiques de la lutte féministe anti-hommes (du type Defraigne)

Le combat de ce féminisme, plus tolérant, plus à l'écoute, est d'abord un combat pour une société " parents et enfants " admis. La majorité des revendications féministes ayant été acquise, la réacceptation par de plus en plus de femmes de leur besoin de maternité est à nouveau possible.

Cette mutation ne se fera évidemment pas sans heurts. Les campagnes réactionnaires fleurissent sous couvert de " l'intérêt de l'enfant ", de " la violence conjugale ", du " non-paiement des pensions alimentaires " …

Aux pères humanistes et aux hommes démocrates de soutenir ce dégel, quelle que soit leur appartenance politique, car d'un pays à l'autre, les féministes d'ouverture peuvent appartenir à des mouvements politiques qui, sur d'autres thèmes, s'affrontent.

Souvent, tout récemment encore, des entrepreneurs de morale lapidaient volontiers toute personne, tout scientifique qui s'inquiétait un peu trop ouvertement de la dénatalité occidentale, catalogué une fois pour toute comme un extrémiste de droite.

En fait, nous vivons le début d'une période de rébellion face à la dénatalité. Elle est l'œuvre de femmes qui travaillent et s'occupent de leurs enfants et d'hommes qui travaillent et s'occupent de leurs enfants. C'est-à-dire, à l'opposée de politiques natalistes traditionnelles qui prônaient le modèle de la femme au foyer et de l'homme au travail. C'est un sursaut de vie.

En quoi, est-ce dangereux de vivre, de naître et de faire des enfants désirés si, en même temps, il est possible de s'épanouir personnellement. Il est donc peut-être temps d'accompagner cette lente évolution et d'abandonner un droit basé sur la confrontation parentale pour s'adonner à un droit basée sur une régulation parentale. C'est aussi un message d'espoir et d'avenir que reflète le combat entre mesdames Laurette Onkelinx et Christine Defraigne.

T.R.