Lenteurs et lourdeurs
de la justice
Les procédures
Comme un couperet, une
décision judiciaire " vous tombe dessus ".Il en ressort toujours
une certaine frustration pour chacun des parents.
Le caractère de certaines personnes permet de se tenir à
cette décision et d'accepter la décision finale avec
sérénité. Le parent mal intentionné
interprétera souvent le jugement en sa faveur et jouera sur
les mots et les lacunes du jugement. Il évitera tout arrangement
à l'amiable. S'il se trouve dans un rapport de force favorable,
le conflit pourra perdurer pendant des années.
Les procédures devant les tribunaux cantonaux,
de la jeunesse ou des référés ainsi que devant
les cours d'appel peuvent prendre des mois voire des années
durant lesquelles le confit prendra racine. Il est malheureusement
plus facile de s'enfoncer dans le conflit que de construire des
garde-fous pour l'éviter. Il faut en effet distinguer le
conflit de couple de celui d'interparentalité. Souvent, malheureusement,
un des parents, voire les deux, n'arrivent pas à faire cette
distinction. Les enfants sont alors utilisés comme arbitres
d'un conflit et vivent alors un conflit de loyauté destructeur
empêchant leur épanouissement. Cela est intolérable.
L'organisation des séparations accentue aujourd'hui la démarche
contentieuse au détriment du dialogue et de la prévention.
La Justice est certes confrontée, surtout à
Bruxelles, de manière générale à un
arriéré judiciaire important. Néanmoins, des
pratiques peu scrupuleuses sont monnaie courante. Il faut mettre
un peu d'ordre dans le secteur. La justice serait-elle démissionnaire
?
Ainsi, la remise de conclusions la veille ou le jour
même de l'audience, l'absence d'une des parties, le changement
de langue, des accusations calomnieuses et inexactes, la volonté
de ne pas vouloir parler du fond, des conclusions incomplètes,
une médiation avortée de manière délibérée,
des expertises pédopsychiatrique excessives, des batailles
de procédures
conduiront le juge à prendre
des mesures provisoires sur base d'un dossier incomplet et toujours
défavorable à la partie la plus faible et la plus
honnête. Les lois de l'urgence sont ainsi faites. A force
de vouloir gérer une urgence construite de toute pièce,
on perd beaucoup de temps et lorsque finalement le dossier au fond
est examiné, il est souvent trop tard : les dégâts
irréversibles auront été bétonnés.
Les magistrats sont parfaitement conscients de toutes
ces stratégies. Sans pour autant minimiser la responsabilité
de certains d'entre eux, il faut avouer que les lois actuelles ne
leur permettent pas souvent de faire uvre de justice. Il est
impossible de prévoir toutes les situations pour un juge.
Il pourra en théorie apprécier correctement la situation
après avoir lu les conclusions et après avoir entendu
les parties à plusieurs reprises. Mais, en pratique, il aura
tendance, dans le meilleur des cas, de couper la " poire " en deux
entre les deux demandes, même si l'une d'entre elles est manifestement
abusive.
Solutions
Avant toute chose, il faut rétablir le
rapport de force entre les deux parents. La garde partagée,
quand elle est désirée par au moins un des deux parents,
offre la meilleure garantie pour maintenir le contact entre les
enfants et les deux parents. De facto, cela limiterait les débats
judiciaires. Mais, elle ne résoudra pas tous les problèmes
Il faut absolument inverser la règle
actuelle du principe de précaution. A cause de ce principe
on " protectionnalise " les séparations. Il faut arrêter
de démoniser les parents. La règle, c'est l'amour
parental, l'exception, c'est la maltraitance d'enfant. En faisant
l'amalgame procédural entre le protectionnel et la séparation
parentale ordinaire, les institutions judiciaires provoquent non
seulement d'énormes dégâts auprès des
enfants et des parents concernés mais aussi permet aux véritables
maltraiteurs d'enfants de passer inaperçus dans la foule
des dossiers.
Pour cela, il faut sanctionner toute dérive
de manière exemplaire. Les diffamations gratuites, les procédures
dilatoires, les fausses accusations, les demandes d'expertise inutiles
doivent être poursuivies pénalement aussi bien vis-à-vis
des coupables que des avocats qui ne vérifient pas les dires
de leurs clients. Nous le répétons : l'immunité
de plaidoirie doit avoir des limites.
Un suivi proactif et souple des dossiers " famille
" devrait exister pour éviter qu'une erreur matérielle
ou d'interprétation pollue le débat interparental
après un jugement. La médiation, encore trop mal connue,
est en soi une bonne solution, encore faut-il qu'elle ne soit pas
utilisée pour retarder les procédures par le parent
mal intentionné. Il est important de garantir une diversité
d'approches dans le travail de médiation. Aujourd'hui, pour
l'essentiel, les médiateurs ont soit suivi des formations
supérieures de type court en médiation, soit possèdent
un diplôme universitaire et ont suivi des cours complémentaire
leur permettant d'exercer en tant que médiateur. Dans les
deux cas de figure, les cours pratiques sont souvent trop peu importants.
Il est urgent de donner un cadre universitaire à la profession
de médiateur (deux candis en Droit, des cours importants
en psychologie, philosophie et en sociologie, de très nombreux
stages pratiques
) . Les médiateurs doivent aussi accepter
le principe d'une supervision professionnelle.
{tableau 1}