La Démission
des pères
Il est souvent reproché
aux pères de ne pas s'impliquer davantage dans la vie de
leurs enfants, de ne pas tenir leur rôle de parent. Après
un éclatement familial, après quelques années
(de 3 à 5 ans), près de la moitié des pères
auront démissionné alors que la grande majorité
d'entre eux affirmaient avant la séparation qu'ils désiraient
s'occuper pleinement de leurs enfants en cas de séparation
.
Père démissionnaire
ou démissionné ?
Quand les pères se confient, souvent
ils tiennent des propos très proches, tels :
"Je laisse cette tâche à la mère pour éviter
le conflit parental et ses conséquences".
Devant la maladresse du nouveau père face à
de nouvelles responsabilités domestiques, il lui est souvent
reproché de ne pas être compétent. Les idées
reçues comme "les mères s'occupent mieux de leurs
enfants " restent encore bien ancrées. Le père a souvent
très difficile à inverser cette réalité,
car il n'a jamais été préparé à
un rôle actif de père responsable. Face à ce
défit, rares sont les aides auxquelles le père peut
faire appel.
" La maman me fait comprendre que si je n'agis pas
comme elle le désire, je ne verrai plus mes enfants. Mon
ex-compagne m'explique qu'elle dira aux enfants quel mauvais père
j'ai été pour eux et quel mauvais mari pour elle "
En effet, après une séparation, l'enfant peut devenir
très rapidement l'objet d'un chantage. Le rapport de force
étant totalement faussé par des décisions judiciaires,
le parent gardien (dans la majorité des cas la mère)
a tous les outils lui permettant d'imposer au père ses désiderata.
Deux positions du père se présentent alors généralement
: le père qui s'écrase et qui continuera peut-être
à voir ses enfants et celui qui se révolte et qui
souvent devra démissionner après quelques années.
" Je veux bien payer pour mes enfants si je
suis respecté comme père par la mère de mes
enfants et si mes devoirs alimentaires sont déterminés
correctement " Le montant de la contribution alimentaire est souvent
perçu comme injuste et non objective. Cela pousse certains
pères à l'objection de conscience ou à la résistance.
Malheureusement, en ne payant pas la contribution alimentaire, le
père se coupe aussi souvent de ses enfants. La fierté
et la recherche de dignité peut conduire à l'exclusion,
voire à l'autodestruction.
La démission
est progressive
De concession en concession, le père
n'a plus aucune possibilité d'éduquer son enfant car
ses décisions sont fréquemment remises en question.
Il finit par accepter les " caprices " du parent principal qui le
contredira de toute manière, bien souvent en présence
des enfants. Il perd alors toute crédibilité à
leurs yeux
Beaucoup de pères
démissionnent dans l'intérêt de l'enfant
Les pères qui décident de démissionner
admettront souvent que la décision à été
très dure à prendre. C'est dans l'intérêt
de l'enfant qu'ils l'ont souvent prise car, pour eux, le conflit
risquait de détruire davantage la vie de leurs enfants.
La démission
est liée au temps passé avec l'enfant
Le type d'hébergement majoritairemement
imposé au père (le classique un week-end sur deux)
ne lui permet pas de s'impliquer dans la vie de ses enfants. Il
perd après quelques temps les repères élémentaires
et seule une très bonne entente entre les parent permet de
suivre l'enfant. Même face à un parent principal de
bonne foi, il est difficile de lui demander d'entretenir de manière
active l'image du père " quasi absent ". L'enfant a tendance
à l'oublier jusqu'à la veille de son week-end. Le
père est alors confronté à des enfants qui
s'éloignent de lui. L'exclusion du père se produit
naturellement, de manière passive.
La démission est souvent
insidieuse
Face à une école neutre, à un
environnement indifférent, à des préjuges persistants,
le parent secondaire est confronté à une violence
indirecte, insidieuse, difficile à combattre. Il faut être
particulièrement attentif ou volontaire pour ne pas abdiquer.
Les parents secondarisés les plus dynamiques
ont souvent souffert d'un manque de père eux-mêmes
et ne veulent donc pas faire subir à leurs enfants ce qu'ils
ont enduré. C'est l'origine de leur obstination.
Les solutions
L'hébergement alterné répond
le mieux au risque de la démission du parent secondaire.
Il n'est cependant pas réaliste de l'imposer à tous.
Un cadre général minimaliste devrait néanmoins
être mis en place. Sur demande du parent secondaire, il ne
pourrait en aucun cas être refusé. Il s'agit de l'hébergement
classique élargi (du mercredi sortie des classes au lundi
rentrée des classes plus la moitié des vacances).
Cette solution permet d'éviter la démission passive.
Lorsque le parent principal est de mauvaise foi, lorsqu'il est à
l'orgine de la démission active, la seule solution efficace
reste l'hébergement égalitaire.
Un hébergement alterné peut tenir compte
de l'âge de l'enfant. Jusqu'à un an, l'important est
de garantir une périodicité régulière
du contact père-enfant (un jour sur deux quelques heures
et dès l'arrêt de l'allaitement, la moitié du
week-end et deux autres moments pendant la semaine). Entre deux
et trois ans, l'hébergement classique élargi répond
aux besoins essentiels de l'enfant. Entre 3 et 6 ans, un hébergement
alterné à périodes courtes permet à
l'enfant de rester en contact avec chaque parent (l'enfant reste
avec chaque parent la moitié d'une semaine). Cela encourage
aussi, de manière douce, l'éventuelle défusion
avec la mère. Après 6 ans, l'hébergement alterné
une semaine sur deux correspond aux nécessités de
l'obligation scolaire.
En cas de conflit parental grave, sur demande d'au
moins un des deux parents, l'hébergement alterné évolutif
devrait être mis en place. En cas de paix parentale, les parents
devraient pouvoir choisir le système qui leur convient le
mieux sur base d'un accord officialisé, tout en tenant compte
de l'intérêt de l'enfant.
Conclusions
Très peu de pères démissionnent
par choix. Le fait d'être exclu de la vie de ses enfants,
d'être éloigné parfois volontairement, les amèneront
à s'impliquer de moins en moins et parfois à démissionner
complètement. Il appartient alors à nos responsables
de prendre des mesures adéquates afin d'enrailler ce phénomène.
{tableau 1}