|
Evolution du
droit et des mentalités en matière de divorce en France
En France, plus de 120.000 divorces
(Ministère français de la Justice) sont prononcés par an. Cette réalité
a poussé les élites à s'occuper davantage de la problématique.
Le nouvelle loi française sur
le divorce, applicable depuis le premier janvier 05, vise à simplifier
(assouplissement des procédures, réduction des délais …) et à dédramatiser
le divorce. Elle confirme la distinction faite entre le couple conjugal
et le couple parental.
Les changements ne sont pas des révolutions, ils tentent
plutôt d'aménager la loi du 11 juillet 1975 (loi " cadre " du divorce)
afin d'amoindrir certains effets pervers. La France n'a pas opté pour
l'option du divorce sans juge (comme en Suède).
Principale victime de la réforme, le divorce pour faute.
Cette procédure est encore très utilisée (dans plus d'un tiers des
cas) et empêchait par exemple la partie qui avait été condamnée pour
faute de pouvoir bénéficier d'une prestation compensatoire (pension
alimentaire).
L'impact financier du divorce provoquait une surenchère
dans l'agressivité des parties. Il fallait absolument gagner son procès,
soit pour se venger d'une faute de son(sa) conjoint(e) (adultère,
…) , soit, plus pragmatiquement, pour éviter de payer une prestation
compensatoire.
Cela a évidemment des conséquences sur le bien-être
des enfants, quand il y en a. La pratique sociale a d'ailleurs devancé
la loi car de plus en plus de divorcés, par exemple, versent la pension
alimentaire en capital (en une fois) plutôt qu'en rente afin, sans
doute, d'éviter toute discussion.
En 1994, 60% des prestations compensatoires étaient
versées sous forme de rente, en 2003 à peine 15%. Cette approche sociétale
reflète le désir des ex-époux de faire plus rapidement le deuil de
la relation et sans doute de se consacrer plus facilement à leur nouvelle
vie sentimentale et aussi d'écarter les tensions financières pour
pouvoir maintenir un lien parental plus serein.
La loi adoptée le 26 mai dernier (applicable à partir
du 1 janvier 05) ne s'intéresse, en apparence, qu'à la conjugalité
(la dernière loi sur l'autorité parentale datte de 2002) et ne devrait
donc pas avoir de conséquences sur la garde des enfants. Ceci étant
dit, les deux aspects sont néanmoins très liés, la majorité des divorces
se produisant dans des familles avec enfant(s).
Toute la philosophie des nouvelles lois tentent en fait
de scinder le couple affectif (conjugal) du couple parental. L'évolution
juridique prône donc le déplacement progressif du principe d'indissolubilité
du mariage à celui d'indissolubilité de la filiation (interdiction
de divorcer de ses enfants).
Le législateur a pour l'heure emprunté une voie lente
et prudente. La première cause de maltraitance (en nombre) vis-à-vis
des enfants restera donc encore pendant un certain temps la conséquence
d'un conflit non apaisé entre les parents.
Les parlementaires, tous partis politiques confondus,
ont cependant envoyé un message assez clair à la population. Les représentants
de la Nation désirent comprendre ce qui se passe dans les familles
pour, entre autres, améliorer le confort des enfants pris dans la
tempête des divorces belliqueux.
T.R.
{tableau 1} |