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Débattre
et dialoguer
Crypto-censure ou Méta-censure ? Face à l'interdiction absolue de la censure, comment combattre la mise en place d'une crypto censure ? Afin d'expliquer le mécanisme de la crypto censure, nous avons utilisé l'exemple des propos tenus par Jean-Yves Hayez , pédopsychiatre belge. L'analyse de sa technique fait suite à l'analyse de certains de ses textes et de certaines de ses conférences. Nous ne voulons pas nous focaliser sur le personnage publique, nous voulons uniquement comprendre les mécanismes d'une censure qui ne dit pas son nom et qui paraît insaisissable. Pour ces raisons, nous l'avons appelé " crypto-censure ", crypto parce que caché, invisible ou masquée. La forte médiatisation belge et internationale de M.Hayez permet de disposer du matériel pour essayer de démasquer les nouvelles formes de la censure. Ainsi, les épines oratoires que M Hayez utilisent en général sont fort subtiles. Sa technique bien rodée consiste à affirmer des faits scientifiques peu contestables mais sans les lier véritablement. Par impressions successives, le pédopsychiatre veut amener le public à faire des choix qui eux ne sont pas toujours rationnels. Comment cela est-il possible ? " Simplement " en organisant son argumentation par une succession de zones pleines et de zones creuses. Les zones pleines étant constituées de faits objectifs, les zones creuses étant par définition vides : ce sont des omissions sur par exemple le respect des ordres de grandeur. Lorsque les conclusions du professeur sont contestées, il peut à tout moment remplir les zones vides par de nouvelles informations technico-scientifiques . Cela a pour effet d'éteindre instantanément les critiques même pertinentes. De plus , cette technique, bien connue des sophistes et des orateurs, présente l'avantage de pouvoir insérer dans les zones creuses des positions personnelles et/ou idéologiques . Elles seront noyées dans une masse d'autres informations objectives. A tout moment, si on le lui reproche, l'orateur pourra dire qu' " on a mal compris ses propos ". Il rectifiera le tir et à nouveau empêchera de fait tout débat. Il s'agit d'une technique d'essaimage : l'orateur sème à tout vent en espérant que l'une ou l'autre pousse idéologique et/ou diffamatoire prendra. Cette technique, et d'autres de même nature, est utilisée par de plus en plus d'agents en communication. Les médias les plus touchés sont l'audiovisuel et Internet, même si la presse n'est pas à l'abris de telles dérives, dues en partie à une concurrence effrénée avec les autres formes de journalisme et en partie par la concentration de plus en plus forte des groupes de presse. Derniers exemples connus en ce qui concerne les relations hommes-femmes, les campagnes sur la pauvreté des familles monoparentales (France 2, Le Soir …) , la violence conjugale (Amnesty Internationale, TF1, Le Monde diplomatique …) , la récupération des créances alimentaires (Rtl, La libre Belgique …), l'aliénation parentale (RTBF …) … Tous ces reportages, ces articles, ces émissions fonctionnent avec pour base la non-vérification objective des sources d'information. Les journalistes sont souvent les premières victimes, manipulés par des entrepreneurs moraux qui bénéficient d'une réputation que l'on croit irréprochable (Association de défense des droits de l'Homme, pseudo-scientifique, chercheur, mère innocente …). Le public est alors bombardé d'informations fausses qui jouent le rôle d'une véritable censure à l'encontre de l'information " vraie " qui n'a pas les moyens de se faire entendre. Lorsque, par exemple, un téléspectateur critique de telles émissions, il a de plus en plus la possibilité de faire appel à un médiateur. Celui-ci permettra bien souvent au responsable de l'émission critiquée de faire comprendre au téléspectateur qu'il a mal compris ses propos, nouveaux faits ou arguments à l'appui. La technique en creux fonctionne à nouveau, basée sur un principe fondateur, la différence de rapport de force entre le spécialiste, le journaliste et le simple citoyen. Le citoyen n'est pas payé pour défendre sa réflexion, le journaliste ou le spécialiste, c'est son job. La seule façon de contester les propos d'un orateur, d'un journaliste, d'une chaîne de télévision qui utilise une telle méthode passe par la dénonciation et la critique de la méthode utilisée. Cela peut très bien fonctionner, et en tout cas, cela fonctionne en général mieux que les autres approches. L'attaque frontale se retourne en général contre son initiateur, les critiques nuancées sont éludées, les témoignages émouvants sont ignorés … Quand on ne respecte pas les règles du jeu, seul le métalangage peut le révéler et le combattre, parce que, par définition, lorsque l'on utilise le langage méta, on sort aussi du jeu, mais de manière éthique. Ne pas respecter les règles du jeu, c'est par exemple censurer les revendications légitimes de certains groupes sociaux en les démolissant par des pseudo-analyses scientifiques. C'est, en ce qui concerne le droit des pères, faire croire qu'ils sont des dangereux individus se réclamant d'une idéologie violente et ségrégationniste, le " masculinisme " par exemple. Le professeur Hayez, en s'attaquant à une idéologie dont très peu de pères ont entendu parler et en y associant tous les défenseurs des droits des pères, invente une idéologie extrémiste pour combattre un groupe social. Ceci est donc bien une forme de censure, de crypto-censure, sous prétexte et sous apparence du droit à la liberté d'expression. Certains démocrates se battent pour faire passer l'idée " Pas de libertés pour les ennemis de la liberté ". On pourrait reprendre ce slogan en l'adaptant. " Pas de tribunes pour les ennemis du débat démocratique" , " Pas de tribunes pour les militants de la censure". Evidemment, cela pose immédiatement la question de la définition de la censure. Une réponse parmi d'autres : faire la différence entre liberté et la méta-liberté, entre censure et méta-censure. Cette dernière n'aurait pour but que de traquer la censure, ce serait une police de la censure. Ses agents seraient spécialisées dans la compréhension des techniques de manipulations … La méta-censure peut et doit être motivée (au sens juridique), la censure ne l'est jamais . La différence se situe donc au niveau du contrat sociétal. La méta-censure respecte le contrat sociétal (respect des droits de l'Homme, état de droit, liberté d'expression …), ce que la censure ne fait pas, elle le contourne, l'instrumentalise ou le détruit. La méta-censure débusque et censure en quelque sorte la censure. La liberté n'est pas un droit absolu. Pour qu'elle ait du sens, il faut en effet respecter un minimum de règles, un minimum de lois, une constitution … Ce sont ces lois, ces constitutions qui peuvent organiser et doivent encadrer la méta-censure, et non des hommes ou des femmes, et non des pouvoirs ou des intérêts privés et/ou publiques. Les méta-censeurs ne pourront pas interdire l'expression d'une opinion, ils pourront interdire des structures de manipulations de l'expression d'une opinion. Grande différence. Une telle idée aura cependant du mal à passer, car depuis qu'un certain nombre d'intellectuels ont affirmé qu'il était interdit d'interdire, toute forme de censure, même légitime comme celle de la méta-censure, sera encore longtemps considérée comme une atteinte aux droits de l'Homme. Un des plus grands défis de la démocratie se situe dans sa capacité à démonter la dérive démagogique d'une sur-utilisation des Droits de l'Homme, devenus de véritables droits de créance absolus. T.R
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