Pour une
définition non discriminatoire
de la famille monoparentale
Participation
concrète de Caps Enfance
aux Etats généraux de la famille (Belgique)
Suite à la réunion de synthèse
du groupe " Soutien à la parentalité " des Etats-généraux des Familles,
suite à la demande de M. Christian Jacob faite à Caps Enfance de
fournir une définition plus précise de la monoparentalité dans le
cadre des propositions de recommandations du groupe de travail "
soutien à la parentalité " , voici une tentative d'approche du concept
de monoparentalité .
La notion devrait recouvrir au moins deux aspects
: une approche sociale et une approche juridique. Il faut donc répondre
aux deux questions suivantes : existe-t-il une réalité sociale spécifique
de la monoparentalité et, deuxième question, la monoparentalité
peut-elle se greffer sur des notions juridiques existantes ?
Les nombreuses recherches dans le domaine familial
et de la psychologie prouvent qu'il existe une réalité sociale de
la famille monoparentale . Ces recherches font souvent la part belle
à l'autoréférence. Une famille monoparentale est monoparentale parce
qu'elle se définit comme telle . Au niveau de la récolte des données,
on peut donc se retrouver face à des biais similaires à ceux liés
aux enquêtes de victimisation.
Au niveau juridique, la monoparentalité n'est pas
vraiment définie. Elle ne pourrait se concevoir qu'en rapport avec
la notion d'autorité parentale définie dans le titre IX du code
civil (art. 371 à 387bis). Serait une famille monoparentale, une
famille dont un parent n'aurait plus de devoirs à l'égard de l'autre
parent du fait de causes extérieures libératoires. En effet, la
Loi sur l'autorité parentale de 1995 instaurait une série d'obligations
et de droits entre parents, qu'ils soient séparés, divorcés, mariés
ou cohabitants.
Les causes extérieures qui pourraient libérer les
obligations d'un des parents sont par exemple le décès de l'autre
parent, l'éventuelle incapacité juridique d'exercice de l'autre
parent, une décision judiciaire … Dans tous les autres cas, l'autorité
parentale reste conjointe, totalement ou partiellement. Dans ces
cas de figure, il n'y a pas lieu de parler de famille monoparentale
au niveau juridique.
Reste la question des familles quasi-monoparentales
suite à une séparation ou à un divorce : ce sont des familles où
l'un des deux parents s'occupe principalement (à plus de 90%) de(s)
l'enfant(s) ; ce parent peut avoir l'impression, souvent à juste
titre, de se retrouver dans les mêmes conditions qu'une " vraie
" famille monoparentale .
Par ailleurs, aujourd'hui, une famille séparée est
souvent considérée comme monoparentale au niveau du parent principal
quel que soit le temps réel d'hébergement de(s) l'enfant(s) par
ce parent principal. L'autre parent (parent secondaire ou secondarisé)
ne bénéficie souvent d'aucun statut : c'est un individu isolé qui
par " hasard " s'occupe d'enfants qui sont par ailleurs par " hasard
" ses enfants.
Concernant la pauvreté des familles monoparentales,
le dernier rapport bisannuel du Service de lutte contre la pauvreté
(décembre 2005) illustre en partie nos propos. Nous pouvons y lire
:
- que " davantage de recherche qualitative est
nécessaire (…) pour résoudre le problème de la sous-représentation
des personnes pauvres dans les banques de données " ;
- que "la composition de l'échantillon ne correspond pas a` l'ensemble
de la population (il n'est donc pas représentatif), et cela parce
que les personnes et les groupes vivant dans la pauvreté risquent
de ne pas y figurer " ;
- que " les échantillons du PSBH (panel démographie familiale) et
aujourd'hui du EU-SILC (enquête sur le revenu et les conditions
de vie) se basent exclusivement sur le Registre national des personnes
physiques, ce qui exclut les personnes en séjour illégal dans le
pays, les personnes sans domicile fixe... " ;
- que " les non-réponses importantes (…) (suite à la méfiance de
certaines personnes ou suite à des réalités pratiques liés aux nombreux
déménagements …) (…) posent surtout problème lorsqu'elles sont le
fait de certaines catégories d'individus plutôt que d'autres " ;
- qu'il " a été impossible de calculer un chiffre fiable relatif
a` la pauvreté monétaire dans la région bruxelloise sur la base
du PSBH et de l'ECHP5 parce que la part bruxelloise de l'échantillon
était trop faible " ;
- qu'il faudrait " exploiter davantage les données du terrain "
Toutes ces remarques s'appliquent presque intégralement
à la situation de nombreux parents secondarisés. Il existe donc
une pauvreté à deux vitesses au niveau des familles, celle acceptée
par les pouvoirs publics et celles qui ne le sont pas.
Face à ce constat et afin de respecter les lois sur
la non-discrimination directe ou indirecte, il nous paraît essentiel
de préciser la notion de famille monoparentale : les familles monoparentales
seraient des familles où l'un des deux parents s'occupe exclusivement
(décès, abandon radical…) ou quasi exclusivement (plus de 90% du
temps de garde et autorité parentale exclusive) de l'éducation de
l'enfant ou des enfants.
A titre de synthèse :
les familles monoparentales et " bi-monoparentales " : prendre la
mesure des difficultés de vie de ces familles.
1. Les familles monoparentales sont des familles où
l'un des deux parents s'occupe exclusivement (décès, abandon radical…)
ou quasi exclusivement (plus de 90% du temps de garde et autorité
parentale exclusive) de l'éducation de l'enfant ou des enfants.
2. L'émergence de familles recomposées de type " bi-monoparentales
" -composées de la famille du parent " principal " et de son(ses)
enfant(s) d'une part et d'autre part de la famille du parent " secondaire"
et du(des) même(s) enfant(s)- s'accompagne de nouvelles difficultés
liées à l'application de l'autorité parentale conjointe et liées
à l'augmentation inévitable des dépenses globales après une séparation
ou un divorce.
De telles familles peuvent se retrouver en situation
précaire, tant sur le plan financier que sur le plan de l'accès
au logement ou de la vie relationnelle. A ces différents égards,
elles devraient être mieux connues afin de permettre la mise en
place de mesures d'accompagnement et, le cas échéant, de prise en
charge .
{tableau 1}